- L'hépatite D est une infection du foie causée par un virus "satellite" qui ne peut infecter qu'une personne déjà porteuse du virus de l'hépatite B (VHB).
- Elle aggrave considérablement l'évolution de l'hépatite B, accélérant la progression vers la cirrhose et le cancer du foie.
- La transmission se fait par le sang et les fluides corporels, comme pour l'hépatite B.
- Le diagnostic repose sur des analyses de sang spécifiques chez les personnes atteintes d'hépatite B, conformément aux recommandations de la HAS.
- La meilleure prévention est la vaccination contre l'hépatite B, qui protège indirectement mais très efficacement contre l'hépatite D.
Qu'est-ce que le virus de l'hépatite D ?
L'hépatite D est une inflammation du foie causée par le virus de l'hépatite D (VHD). Ce virus a une particularité unique qui le rend à la fois rare et redoutable : il est ce que l'on appelle un virus "satellite" ou "défectif". Cela signifie qu'il est incapable de se répliquer et d'infecter une personne tout seul. Pour survivre et se propager dans l'organisme, il a impérativement besoin de la présence d'un autre virus : le virus de l'hepatite b (VHB).
En d'autres termes, on ne peut contracter l'hépatite D que si l'on est déjà infecté par l'hépatite B. Cette double infection, malheureusement, n'est pas une simple addition. La présence du VHD aggrave considérablement la maladie hépatique causée par le VHB, accélérant sa progression vers des formes plus sévères comme la cirrhose ou le cancer du foie. C'est pourquoi elle est considérée comme la forme la plus grave des hépatites virales chroniques.
La prise en charge de cette pathologie relève de médecins spécialisés en infectiologie ou en hépatologie (la spécialité des maladies du foie).
Causes et modes de transmission
Puisque l'hépatite D dépend de l'hépatite B, les modes de transmission sont exactement les mêmes. Le virus se propage par contact avec du sang ou des fluides corporels infectés. Il existe deux scénarios principaux d'infection :
1. La co-infection
La co-infection se produit lorsqu'une personne est exposée et infectée par les deux virus (VHB et VHD) en même temps. Cela provoque généralement une hépatite aiguë, dont les symptômes peuvent être sévères. Cependant, le système immunitaire parvient dans plus de 90% des cas à éliminer les deux virus. La co-infection évolue donc rarement vers une forme chronique.
2. La surinfection
La surinfection est le scénario le plus fréquent et le plus préoccupant. Elle survient lorsqu'une personne déjà porteuse chronique du virus de l'hépatite B contracte le virus de l'hépatite D. Dans ce cas, l'infection par le VHD devient presque toujours chronique à son tour. C'est cette situation qui entraîne une accélération rapide des lésions du foie.
Facteurs de risque
Les personnes les plus à risque de contracter l'hépatite D sont donc celles qui sont également à risque pour l'hépatite B et qui ne sont pas vaccinées. On peut citer :
- Les personnes qui utilisent des drogues par voie intraveineuse et partagent du matériel d'injection.
- Les personnes ayant des partenaires sexuels multiples sans utiliser de protection.
- Les personnes vivant dans l'entourage d'un porteur chronique de l'hépatite B.
- Les personnes ayant reçu des transfusions sanguines ou des greffes d'organes avant la mise en place du dépistage systématique (aujourd'hui très rare dans les pays comme la France).
- Les professionnels de santé, bien que le risque soit considérablement réduit par les précautions universelles et la vaccination.
Géographiquement, l'hépatite D est plus présente dans certaines régions du monde comme le bassin méditerranéen, le Moyen-Orient, l'Afrique centrale et de l'Ouest, ainsi que le bassin de l'Amazone.
Quels sont les symptômes de l'hépatite D ?
Les symptômes de l'hépatite D peuvent varier considérablement en fonction du scénario d'infection (co-infection ou surinfection) et du stade de la maladie.
Symptômes de l'hépatite D aiguë (souvent lors d'une co-infection)
Lors d'une infection aiguë, les symptômes peuvent apparaître brutalement et sont similaires à ceux des autres hépatites aiguës :
- Une fatigue intense et soudaine.
- De la fièvre et des douleurs musculaires ou articulaires.
- Des Nausees, des vomissements et une perte d'appétit.
- Des douleurs abdominales, souvent localisées sous les côtes à droite (la région du foie).
- Des urines foncées (couleur thé) et des selles décolorées (blanchâtres).
- L'apparition d'un ictère, plus connu sous le nom de "jaunisse" : la peau et le blanc des yeux prennent une teinte jaunâtre. Cela est dû à l'accumulation de bilirubine, un pigment que le foie malade n'arrive plus à éliminer correctement.
Dans de rares cas, la co-infection peut provoquer une hépatite fulminante, une défaillance très rapide et grave du foie qui constitue une urgence médicale absolue.
Symptômes de l'hépatite D chronique (lors d'une surinfection)
La surinfection est souvent plus silencieuse au début. Une personne porteuse chronique de l'hépatite B peut ne remarquer aucun changement majeur de son état. Les symptômes, lorsqu'ils existent, sont souvent discrets et non spécifiques, comme une fatigue persistante. Le danger est que pendant ce temps, le virus de l'hépatite D accélère la destruction du foie. La maladie progresse silencieusement vers la cirrhose, et les symptômes n'apparaissent souvent qu'à un stade avancé de la maladie hépatique.
Diagnostic et examens
Le diagnostic de l'hépatite D est toujours évoqué chez une personne connue pour être porteuse de l'antigène HBs, le marqueur principal de l'infection par l'hépatite B, surtout si son état de santé hépatique se dégrade sans explication.
Le diagnostic se fait par une simple prise de sang et se déroule en plusieurs étapes :
- Recherche des anticorps : On recherche d'abord les anticorps dirigés contre le VHD (anticorps anti-VHD de type IgG et IgM). Leur présence signifie que la personne a été en contact avec le virus.
- Confirmation de l'infection active : Si les anticorps sont positifs, on procède à un test plus poussé, appelé PCR (Réaction en Chaîne par Polymérase). Cette technique de biologie moléculaire permet de détecter et de quantifier le matériel génétique du virus (son ARN) dans le sang. Une PCR positive confirme que l'infection est active et que le virus se multiplie.
Une fois le diagnostic posé, un bilan complet du foie est indispensable pour évaluer l'étendue des dégâts. Il peut comprendre :
- Des analyses sanguines pour mesurer les enzymes du foie (transaminases ASAT et ALAT), qui indiquent le degré d'inflammation.
- Une évaluation de la fibrose hépatique : La fibrose est le processus de cicatrisation du foie. Un excès de fibrose mène à la cirrhose. On peut l'évaluer de manière non invasive grâce à un examen appelé élastométrie (FibroScan®), qui mesure la "dureté" du foie. Parfois, une biopsie hépatique (prélèvement d'un petit fragment de foie) reste nécessaire pour une analyse plus précise.
Traitements de l'hépatite D
Le traitement de l'hépatite D chronique est complexe et a longtemps été limité. L'objectif est de stopper la réplication du virus pour freiner la progression de la maladie du foie.
Le traitement de référence a été pendant de nombreuses années l'interféron pégylé alpha (PEG-IFN-α). L'interféron est une protéine, similaire à celle que notre corps produit naturellement, qui aide le système immunitaire à combattre les infections virales. Il est administré par injection sous-cutanée une fois par semaine, généralement pendant au moins un an.
Cependant, ce traitement présente des inconvénients majeurs :
- Une efficacité modeste : Il ne permet d'obtenir une guérison virologique durable (charge virale VHD indétectable après l'arrêt du traitement) que chez environ 25 à 30 % des patients.
- Des effets secondaires fréquents et parfois difficiles à supporter : syndrome grippal (fièvre, frissons, courbatures), fatigue intense, troubles de l'humeur (irritabilité, dépression), perte de poids, et anomalies sanguines.
Heureusement, la recherche a progressé. Un nouveau médicament, le bulévirtide, est désormais disponible. Il agit différemment en empêchant le virus d'entrer dans les cellules saines du foie. Il est mieux toléré et offre de nouvelles perspectives pour les patients. D'autres molécules sont également en cours de développement.
En cas de maladie hépatique terminale (cirrhose décompensée ou cancer), la transplantation hépatique peut être la seule option curative.
Évolution, pronostic et prévention
Une évolution plus rapide et plus sévère
Comme mentionné, la surinfection par le VHD est un facteur aggravant majeur de l'hépatite B chronique. Elle accélère considérablement la progression vers :
- La cirrhose : C'est un état où le foie est tellement cicatrisé qu'il ne peut plus fonctionner normalement. On estime que 70 à 80 % des patients avec une hépatite D chronique développeront une cirrhose, souvent en seulement 5 à 10 ans après la surinfection, contre plusieurs décennies pour l'hépatite B seule.
- Le carcinome hépatocellulaire (CHC) : C'est le type de cancer du foie le plus courant. Le risque de développer un CHC est bien plus élevé chez les patients infectés par le VHD.
La prévention : une arme absolue
Face à cette maladie grave, la meilleure stratégie est sans conteste la prévention. Et la nouvelle est excellente : il existe un moyen très efficace de se protéger de l'hépatite D.
Puisqu'on ne peut pas avoir l'hépatite D sans l'hépatite B, la vaccination contre l'hépatite B protège également contre l'hépatite D.
Le vaccin contre l'hépatite B est sûr, très efficace et fait partie du calendrier vaccinal obligatoire pour tous les nourrissons en France. Il est également fortement recommandé pour tous les enfants, adolescents et adultes non vaccinés, en particulier ceux appartenant aux groupes à risque.
Les autres mesures de prévention sont celles qui visent à éviter la transmission par le sang : ne pas partager de seringues, utiliser des préservatifs lors des rapports sexuels, et ne pas partager d'objets de toilette personnels pouvant être en contact avec du sang (rasoirs, brosses à dents).
Recommandations des autorités de santé
Conformément aux recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS), un dépistage systématique de l'hépatite D par la recherche d'anticorps anti-VHD doit être réalisé chez toute personne porteuse chronique de l'hépatite B. Vous pouvez consulter les recommandations détaillées sur le site de la HAS.
Cet article a une visée informative et ne saurait remplacer un avis médical. Si vous avez des questions sur votre santé ou celle de votre enfant, nos pédiatres et médecins généralistes sont disponibles en téléconsultation sur Biloba.
En cas de symptômes graves comme une confusion, des vomissements de sang, une jaunisse très intense ou des douleurs abdominales insupportables, contactez immédiatement le 15 ou le 112.
Questions fréquentes
Peut-on avoir l'hépatite D sans avoir l'hépatite B ?
Non, c'est impossible. Le virus de l'hépatite D est un virus "incomplet" qui a besoin de l'enveloppe extérieure du virus de l'hépatite B (l'antigène HBs) pour pouvoir infecter les cellules du foie et se reproduire. Sans hépatite B, le virus de l'hépatite D est inoffensif et ne peut pas provoquer de maladie.
L'hépatite D est-elle fréquente en France ?
L'hépatite D est considérée comme une maladie rare en France. Sa prévalence a beaucoup diminué grâce à la vaccination contre l'hépatite B et à l'amélioration des mesures de prévention. Elle concerne aujourd'hui principalement des populations spécifiques, notamment les usagers de drogues par voie veineuse et les personnes originaires de pays où le virus est plus répandu.
Mon enfant est vacciné contre l'hépatite B. Est-il protégé contre l'hépatite D ?
Oui, absolument. Si votre enfant a reçu le schéma vaccinal complet contre l'hépatite B et a développé une bonne réponse immunitaire, il est protégé contre l'infection par le VHB. Par conséquent, il est également protégé contre l'hépatite D, puisqu'il est impossible d'être infecté par le VHD sans être d'abord infecté par le VHB. C'est l'un des bénéfices majeurs de cette vaccination.
Une personne guérie de l'hépatite B peut-elle encore attraper l'hépatite D ?
Une personne qui a guéri d'une hépatite B aiguë a normalement développé des anticorps protecteurs (appelés anti-HBs). Ces anticorps la protègent contre une nouvelle infection par le VHB et donc, indirectement, contre le VHD. La situation est plus complexe pour les porteurs chroniques qui, sous traitement, ont une charge virale VHB indétectable mais ne sont pas considérés comme totalement guéris. Dans tous les cas, seul un avis médical spécialisé peut répondre précisément à cette question.
L'hépatite D se transmet-elle par la salive ou en partageant un verre ?
Non. Le risque de transmission par la salive, les éternuements, la toux, ou le partage d'ustensiles de cuisine est considéré comme nul ou négligeable. La transmission de l'hépatite D, tout comme celle de l'hépatite B, est sanguine. Les modes de transmission principaux sont le partage de matériel d'injection, les rapports sexuels non protégés, et plus rarement, de la mère à l'enfant lors de l'accouchement.
Questions fréquentes
Peut-on avoir l'hépatite D sans avoir l'hépatite B ?
Non, c'est impossible. Le virus de l'hépatite D est un virus "incomplet" qui a besoin de l'enveloppe extérieure du virus de l'hépatite B (l'antigène HBs) pour pouvoir infecter les cellules du foie et se reproduire. Sans hépatite B, le virus de l'hépatite D est inoffensif et ne peut pas provoquer de maladie.
L'hépatite D est-elle fréquente en France ?
L'hépatite D est considérée comme une maladie rare en France. Sa prévalence a beaucoup diminué grâce à la vaccination contre l'hépatite B et à l'amélioration des mesures de prévention. Elle concerne aujourd'hui principalement des populations spécifiques, notamment les usagers de drogues par voie veineuse et les personnes originaires de pays où le virus est plus répandu.
Mon enfant est vacciné contre l'hépatite B. Est-il protégé contre l'hépatite D ?
Oui, absolument. Si votre enfant a reçu le schéma vaccinal complet contre l'hépatite B et a développé une bonne réponse immunitaire, il est protégé contre l'infection par le VHB. Par conséquent, il est également protégé contre l'hépatite D, puisqu'il est impossible d'être infecté par le VHD sans être d'abord infecté par le VHB. C'est l'un des bénéfices majeurs de cette vaccination.
Une personne guérie de l'hépatite B peut-elle encore attraper l'hépatite D ?
Une personne qui a guéri d'une hépatite B aiguë a normalement développé des anticorps protecteurs (appelés anti-HBs). Ces anticorps la protègent contre une nouvelle infection par le VHB et donc, indirectement, contre le VHD. La situation est plus complexe pour les porteurs chroniques qui, sous traitement, ont une charge virale VHB indétectable mais ne sont pas considérés comme totalement guéris. Dans tous les cas, seul un avis médical spécialisé peut répondre précisément à cette question.
L'hépatite D se transmet-elle par la salive ou en partageant un verre ?
Non. Le risque de transmission par la salive, les éternuements, la toux, ou le partage d'ustensiles de cuisine est considéré comme nul ou négligeable. La transmission de l'hépatite D, tout comme celle de l'hépatite B, est sanguine. Les modes de transmission principaux sont le partage de matériel d'injection, les rapports sexuels non protégés, et plus rarement, de la mère à l'enfant lors de l'accouchement.

