Drépanocytose

Publié le 
May 26, 2026
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  1. La drépanocytose est une maladie génétique du sang, non contagieuse, due à une anomalie de l'hémoglobine qui déforme les globules rouges.
  2. Elle se manifeste principalement par des crises de douleur très intenses (crises vaso-occlusives), une anémie chronique et une plus grande vulnérabilité aux infections.
  3. Le dépistage est systématique à la naissance en France pour les enfants à risque, ce qui permet une prise en charge précoce et adaptée.
  4. La prise en charge quotidienne repose sur la prévention des crises (hydratation, éviter les déclencheurs) et des traitements de fond comme l'hydroxyurée.
  5. Certains symptômes comme une fièvre supérieure à 38.5°C, une douleur intense ou des difficultés à respirer constituent des urgences médicales absolues.

Qu'est-ce que la drépanocytose ?

La drépanocytose, parfois appelée anémie falciforme, est une maladie génétique des globules rouges. C'est la maladie génétique la plus répandue dans le monde. Pour bien comprendre, il faut s'intéresser à l'hémoglobine, une protéine présente dans vos globules rouges qui a pour mission de transporter l'oxygène de vos poumons vers tous les organes de votre corps.

Chez une personne atteinte de drépanocytose, une anomalie génétique modifie la structure de cette hémoglobine, que l'on nomme alors "hémoglobine S". En certaines circonstances (manque d'oxygène, déshydratation, fièvre...), cette hémoglobine S va rendre les globules rouges rigides et leur donner une forme de croissant ou de faucille (on dit qu'ils sont "falciformes"), au lieu de leur forme ronde et souple habituelle.

Ces globules rouges déformés circulent mal dans les vaisseaux sanguins. Ils peuvent s'agglutiner et créer des bouchons, en particulier dans les plus petits vaisseaux. Ce phénomène, appelé "vaso-occlusion", empêche l'oxygène d'arriver correctement aux tissus et aux organes, ce qui provoque des douleurs très intenses et des complications potentiellement graves. De plus, ces globules rouges anormaux sont plus fragiles et sont détruits plus rapidement que la normale, entraînant une anémie chronique (un manque de globules rouges).

La drépanocytose fait partie d'un groupe de maladies appelées hémoglobinopathies, qui sont des maladies liées à des anomalies de l'hémoglobine. La prise en charge de cette pathologie est assurée par des médecins spécialisés en hématologie.

Quelles sont les causes et les facteurs de risque ?

La drépanocytose est une maladie exclusivement génétique et héréditaire. Elle n'est absolument pas contagieuse. On naît avec et on la garde toute sa vie.

Pour qu'un enfant soit atteint de drépanocytose (forme dite "homozygote SS"), il doit avoir reçu le gène de l'hémoglobine S de ses deux parents. Chaque parent est alors ce qu'on appelle un "porteur sain" ou "hétérozygote AS". Un porteur sain possède un gène normal (A) et un gène de la drépanocytose (S). Il ne développe généralement pas la maladie mais peut la transmettre à ses enfants.

Lorsqu'un couple est composé de deux porteurs sains (AS), à chaque grossesse, il y a :

  • 1 risque sur 4 (25%) que l'enfant soit atteint de drépanocytose (SS).
  • 2 risques sur 4 (50%) que l'enfant soit porteur sain, comme ses parents (AS).
  • 1 chance sur 4 (25%) que l'enfant n'ait ni la maladie, ni le trait (AA).

Cette maladie est particulièrement fréquente dans les populations originaires d'Afrique subsaharienne, des Antilles, du bassin méditerranéen, du Moyen-Orient et d'Inde. Cette répartition géographique s'explique par le fait que le trait drépanocytaire (le fait d'être porteur sain AS) confère une protection relative contre les formes graves du paludisme, une autre maladie du sang très présente dans ces régions.

Quels sont les symptômes de la drépanocytose ?

Les symptômes de la drépanocytose peuvent être très variables d'une personne à l'autre et au cours du temps. Ils sont généralement dominés par les crises douloureuses et l'anémie.

Les crises vaso-occlusives (CVO)

C'est la manifestation la plus connue et la plus fréquente de la maladie. Il s'agit de douleurs osseuses, articulaires ou abdominales d'apparition brutale et souvent très intenses. Elles sont dues au blocage des petits vaisseaux sanguins par les globules rouges falciformes. Chez le tout-petit, le premier signe peut être un "syndrome pied-main", avec un gonflement douloureux des mains et des pieds. Ces crises peuvent être déclenchées par divers facteurs :

  • La déshydratation
  • Une infection (rhume, angine, gastro-entérite...)
  • Le froid ou les changements brusques de température
  • Le stress ou une fatigue importante
  • Un effort physique intense
  • Un séjour en altitude

L'anémie chronique

Les globules rouges falciformes ont une durée de vie beaucoup plus courte (environ 20 jours contre 120 jours pour un globule rouge normal). Le corps n'arrive pas toujours à les remplacer assez vite, ce qui entraîne une anémie. Elle se manifeste par une pâleur, une fatigue constante, un essoufflement à l'effort et parfois un léger ictère (jaunisse) au niveau du blanc des yeux.

Une sensibilité accrue aux infections

La rate est un organe essentiel pour la défense contre certaines bactéries. Chez les personnes drépanocytaires, et en particulier chez les enfants, la rate fonctionne mal car elle est progressivement endommagée par les occlusions vasculaires répétées. Cela augmente considérablement le risque d'infections graves, notamment à pneumocoque, qui peuvent être fulgurantes. C'est pourquoi la fièvre est un signe d'alerte majeur.

Les autres complications possibles

Avec le temps, la drépanocytose peut affecter de nombreux organes. Parmi les complications graves, on retrouve :

  • Le syndrome thoracique aigu : une complication pulmonaire grave qui associe fièvre, douleur thoracique et difficultés à respirer. C'est une urgence vitale.
  • Les accidents vasculaires cérébraux (AVC) : ils peuvent survenir même chez les jeunes enfants et laisser des séquelles neurologiques importantes.
  • Le priapisme : une érection prolongée et douloureuse qui constitue une urgence urologique.
  • Des complications rénales, oculaires, osseuses (nécrose de la tête fémorale) ou biliaires (calculs).

Comment le diagnostic est-il posé ?

En France, le diagnostic de la drépanocytose fait l'objet d'un dépistage néonatal systématique et ciblé. Cela signifie qu'à la naissance (au 3ème jour de vie), un prélèvement de quelques gouttes de sang est effectué sur un papier buvard pour tous les nouveau-nés considérés "à risque", c'est-à-dire dont au moins un des deux parents est originaire d'une région où la maladie est fréquente.

Ce dépistage précoce est essentiel car il permet de mettre en place une prise en charge spécialisée avant même l'apparition des premiers symptômes, réduisant ainsi drastiquement le risque de complications graves, notamment infectieuses, dans la petite enfance.

La confirmation du diagnostic repose sur un examen sanguin spécifique appelé électrophorèse de l'hémoglobine. Cette analyse permet de séparer les différents types d'hémoglobine présents dans le sang et de quantifier précisément la présence d'hémoglobine S, confirmant ainsi le diagnostic de drépanocytose (SS) ou de porteur sain (AS).

Pour les couples à risque qui le souhaitent, un diagnostic prénatal est également possible au cours de la grossesse.

Quels sont les traitements et la prise en charge ?

Il n'existe pas encore de traitement qui guérisse la drépanocytose pour la majorité des patients, à l'exception de la greffe de moelle osseuse, qui reste une procédure lourde et réservée à des cas très spécifiques. La prise en charge vise donc à prévenir les complications, à soulager les symptômes et à améliorer la qualité de vie au quotidien. Elle repose sur trois piliers.

1. La prévention des crises et des complications

C'est la base du suivi au quotidien. Elle inclut des mesures simples mais fondamentales :

  • Une bonne hydratation : il est crucial de boire beaucoup d'eau tout au long de la journée pour fluidifier le sang.
  • La prévention des infections : un calendrier vaccinal scrupuleusement à jour est indispensable, incluant des vaccins supplémentaires (pneumocoque, méningocoque, grippe). Un traitement antibiotique préventif (pénicilline) est souvent prescrit quotidiennement aux enfants jusqu'à l'âge de 5 ans, voire plus.
  • Éviter les facteurs déclenchants : se couvrir en cas de froid, éviter les bains de mer froids et prolongés, ne pas faire d'efforts physiques trop violents, bien s'hydrater en cas de fortes chaleurs...
  • Une supplémentation en acide folique (vitamine B9) : cette vitamine est nécessaire à la fabrication des globules rouges, qui est très accélérée chez les patients drépanocytaires.

2. Le traitement des crises douloureuses

Malgré la prévention, les crises peuvent survenir. Leur prise en charge doit être rapide et efficace. Elle commence à la maison avec une bonne hydratation, du repos et des antalgiques (médicaments contre la douleur) de palier 1 (paracétamol) ou 2 (codéine, tramadol), selon un protocole défini avec le médecin. Si la douleur n'est pas soulagée, une hospitalisation est nécessaire pour administrer des antalgiques plus puissants comme la morphine, souvent par voie intraveineuse.

3. Les traitements de fond

Pour les patients qui présentent des crises fréquentes ou des complications sévères, des traitements de fond sont proposés :

  • L'hydroxyurée (ou hydroxycarbamide) : c'est le traitement de fond de référence. Il permet d'augmenter la production d'hémoglobine fœtale (HbF), une hémoglobine naturellement présente chez le fœtus qui a la particularité de ne pas falciformer et de protéger les globules rouges. Ce traitement a prouvé son efficacité pour réduire la fréquence des crises douloureuses, des syndromes thoraciques aigus et le recours aux transfusions.
  • La transfusion sanguine : elle consiste à injecter des globules rouges de donneurs sains. Elle est utilisée en cas d'anémie sévère, avant une chirurgie, ou pour prévenir certaines complications comme les AVC. Les programmes de transfusion régulière (échange transfusionnel) sont le traitement de référence pour la prévention des AVC chez les enfants à haut risque.
  • La greffe de moelle osseuse : c'est à ce jour le seul traitement curatif. Elle consiste à remplacer la moelle osseuse du patient par celle d'un donneur sain compatible (le plus souvent un frère ou une sœur non atteint). C'est une procédure lourde, avec des risques, réservée aux formes les plus sévères de la maladie.

Il est aussi crucial de vérifier la compatibilité des autres médicaments que votre enfant pourrait prendre. Par exemple, certains antiviraux comme la ribavirine peuvent être contre-indiqués ou nécessiter une surveillance particulière chez les patients drépanocytaires en raison de leurs effets sur les globules rouges.

Quand consulter en urgence ?

Il est primordial pour les parents d'un enfant drépanocytaire de savoir reconnaître les signes d'alerte qui nécessitent une consultation médicale immédiate. N'attendez jamais si votre enfant présente l'un des symptômes suivants :

  • Fièvre supérieure à 38,5°C : c'est toujours une urgence en raison du risque d'infection bactérienne grave et fulgurante.
  • Douleur intense qui n'est pas soulagée par les médicaments antalgiques habituels pris à la maison.
  • Pâleur inhabituelle, fatigue extrême, essoufflement : signes d'une aggravation de l'anémie.
  • Toux, douleur dans la poitrine, difficultés à respirer : suspicion de syndrome thoracique aigu.
  • Maux de tête violents, faiblesse d'un bras ou d'une jambe, difficulté à parler, paralysie du visage : suspicion d'AVC.
  • Gonflement et douleur des mains ou des pieds (chez le nourrisson).
  • Douleur au ventre importante et persistante.
  • Chez un garçon, une érection prolongée (plus de 2 heures) et douloureuse (priapisme).

Dans toutes ces situations, vous devez contacter immédiatement les services d'urgence en appelant le 15 ou le 112, ou vous rendre sans délai aux urgences les plus proches.

Recommandations et suivi médical

Le suivi d'un enfant drépanocytaire est pluridisciplinaire et se fait au sein de centres de référence ou de compétence spécialisés dans la maladie. Ce suivi régulier (plusieurs fois par an) permet de surveiller l'évolution de la maladie, de dépister les complications à un stade précoce et d'adapter les traitements.

La prise en charge est encadrée par des recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) qui insistent sur l'importance de cette approche multidisciplinaire et de l'éducation thérapeutique. L'objectif est de rendre le patient et sa famille autonomes et acteurs dans la gestion de la maladie au quotidien. Vous pouvez retrouver plus d'informations sur le site de la HAS.

Pour la scolarité, un Projet d'Accueil Individualisé (PAI) est mis en place pour informer l'équipe éducative des spécificités de la maladie, des signes d'alerte et du protocole à suivre en cas de crise ou de fièvre à l'école.

Cet article ne se substitue en aucun cas à un avis médical. Pour toute question concernant la santé de votre enfant, nos pédiatres et médecins généralistes sont disponibles 7 jours sur 7 sur biloba.com.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

1. La drépanocytose est-elle contagieuse ?

Non, absolument pas. La drépanocytose est une maladie purement génétique. On naît avec parce qu'on a hérité d'un gène de l'hémoglobine S de chacun de ses deux parents. On ne peut ni l'attraper au contact d'une autre personne, ni la transmettre autrement que par la reproduction.

2. Mon enfant pourra-t-il faire du sport ?

Oui, l'activité physique est même recommandée pour le bien-être général. Cependant, elle doit être adaptée. Il faut éviter les sports extrêmes, les efforts très intenses et prolongés, et les sports en altitude ou en eau très froide. Les règles d'or sont : une hydratation parfaite avant, pendant et après l'effort, un bon échauffement, et surtout, apprendre à écouter son corps et à s'arrêter dès les premiers signes de fatigue ou de douleur.

3. Qu'est-ce qu'un "porteur sain" (AS) ?

Un porteur sain, ou une personne avec le trait drépanocytaire (génotype AS), possède un gène normal pour l'hémoglobine (A) et un gène de la drépanocytose (S). Dans l'immense majorité des cas, il ne présente aucun symptôme de la maladie car la présence de l'hémoglobine normale suffit à compenser. Cependant, il peut transmettre le gène S à ses enfants. C'est pourquoi le dépistage est important pour connaître son statut.

4. La drépanocytose se guérit-elle ?

Actuellement, la drépanocytose est une maladie chronique que l'on gère tout au long de la vie grâce aux traitements préventifs et symptomatiques. Le seul traitement qui permet une guérison complète est la greffe de moelle osseuse, mais c'est une procédure lourde, non dénuée de risques, qui nécessite un donneur compatible (souvent dans la fratrie), et qui n'est donc proposée qu'aux patients atteints des formes les plus sévères.

5. Pourquoi la fièvre est-elle si dangereuse pour un enfant drépanocytaire ?

La fièvre est un signal d'alerte majeur car la rate, un organe clé du système immunitaire qui filtre le sang et lutte contre les infections, est souvent endommagée et non fonctionnelle dès la petite enfance à cause de la maladie. Cette "asplénie fonctionnelle" rend les enfants extrêmement vulnérables à des infections bactériennes (notamment à pneumocoque) qui peuvent devenir très graves en quelques heures. C'est pourquoi toute fièvre supérieure à 38,5°C doit conduire à une consultation médicale en urgence.

Dr. Dominique HOLCMAN
Médecin généraliste
Médecin généraliste depuis plus de 30 ans, le Dr. Holcman est partenaire et rédacteur chez Biloba. Engagé dans des actions humanitaires, il met son expertise au service de tous, avec une attention particulière portée à l'écoute, à la prévention et à l'accès aux soins.
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