- Le cancer du foie le plus fréquent chez l'adulte, le carcinome hépatocellulaire, se développe le plus souvent sur un foie déjà malade (cirrhose).
- Les causes principales sont les hépatites virales chroniques (B et C), la consommation excessive d'alcool et la maladie du "foie gras" (NASH).
- Les symptômes apparaissent souvent tardivement, d'où l'importance du dépistage par échographie chez les personnes à risque.
- Le traitement dépend du stade de la maladie et de l'état du foie ; il peut aller de la chirurgie ou la greffe à des thérapies ciblées ou l'immunothérapie.
- La prévention est essentielle : vaccination contre l'hépatite B, modération de l'alcool et maintien d'un poids santé sont les meilleures armes.
Qu'est-ce que le cancer du foie ?
Le cancer du foie est une pathologie sérieuse, mais la comprendre est le premier pas pour une prise en charge adaptée. Il s'agit d'une maladie caractérisée par la formation de cellules malignes (cancéreuses) dans les tissus du foie. Il est essentiel de distinguer deux types principaux de cancers touchant cet organe :
- Le cancer primitif du foie : il prend naissance directement dans les cellules du foie. C'est de celui-ci que nous parlerons principalement dans cet article.
- Le cancer secondaire du foie (ou métastases hépatiques) : il s'agit de cellules cancéreuses provenant d'un autre organe (comme le côlon, le sein ou le poumon) qui ont migré et se sont développées dans le foie. Le traitement est alors celui du cancer d'origine.
Le foie est l'un des organes les plus volumineux et les plus importants de notre corps. Situé dans la partie supérieure droite de l'abdomen, il remplit plus de 300 fonctions vitales, dont la filtration du sang, la production de la bile pour la digestion, le stockage des sucres et des vitamines, et la fabrication de protéines essentielles. Lorsqu'un cancer s'y développe, ces fonctions peuvent être gravement altérées.
Les différents types de cancers primitifs du foie
Il existe plusieurs formes de cancer primitif du foie, chacune ayant des caractéristiques propres :
- Le carcinome hépatocellulaire (CHC) : C'est la forme la plus fréquente, représentant environ 90% des cas chez l'adulte. Il se développe le plus souvent sur un foie déjà fragilisé par une maladie chronique, principalement la cirrhose. La cirrhose est une pathologie où les cellules saines du foie sont progressivement remplacées par du tissu cicatriciel, perturbant son fonctionnement.
- Le cholangiocarcinome : Plus rare, ce cancer se forme à partir des cellules des voies biliaires, les canaux qui transportent la bile du foie à l'intestin.
- L'hépatoblastome : Il s'agit de la forme la plus courante de cancer du foie chez les très jeunes enfants, généralement diagnostiquée avant l'âge de 3 ans. C'est une maladie très rare, dont la nature et le traitement sont très différents de ceux du cancer de l'adulte.
Cet article se concentre sur les cancers du foie les plus courants chez l'adulte, tout en mentionnant les spécificités pédiatriques lorsque cela est pertinent.
Quelles sont les causes et les facteurs de risque ?
Le développement d'un cancer du foie n'est pas dû au hasard. Il est le plus souvent la conséquence d'une inflammation chronique et de lésions répétées de l'organe sur de longues années. Le principal facteur de risque est la présence d'une cirrhose, quelle qu'en soit la cause.
Les principaux facteurs de risque
- La cirrhose : Près de 80% des carcinomes hépatocellulaires surviennent chez des personnes atteintes de cirrhose. Cette maladie peut elle-même être causée par plusieurs facteurs.
- Les hépatites virales chroniques : L'infection chronique par le virus de l'hépatite B (VHB) ou de l'hépatite C (VHC) est une cause majeure de cancer du foie dans le monde. Ces virus provoquent une inflammation persistante du foie qui, sur des décennies, peut évoluer en cirrhose puis en cancer.
- La consommation excessive d'alcool : L'alcool est toxique pour le foie. Une consommation chronique et importante est une des causes principales de cirrhose en France, et donc un facteur de risque majeur de cancer.
- La stéatohépatite non alcoolique (NASH) : Souvent appelée "maladie du foie gras", la NASH est une accumulation de graisse dans le foie qui s'accompagne d'une inflammation. Elle est étroitement liée au syndrome métabolique, c'est-à-dire l'association de surpoids ou d'obésité, de diabète de type 2, d'hypertension artérielle et d'un taux élevé de graisses dans le sang. C'est une cause de cancer du foie en forte augmentation.
- Certaines maladies génétiques : Des maladies plus rares comme l'hémochromatose (une surcharge en fer dans l'organisme) ou la maladie de Wilson (une accumulation de cuivre) peuvent également endommager le foie et augmenter le risque de cancer.
- L'exposition à des toxines : L'aflatoxine, une substance toxique produite par des moisissures présentes sur des céréales ou des arachides mal conservées (surtout dans certaines régions tropicales), est un facteur de risque connu.
Chez l'enfant, les causes de l'hépatoblastome sont moins bien comprises. Elles sont parfois associées à certaines prédispositions génétiques ou à un très faible poids de naissance.
Quels sont les symptômes du cancer du foie ?
L'un des aspects les plus difficiles du cancer du foie est qu'il reste longtemps silencieux. Aux stades précoces, il ne provoque souvent aucun symptôme, ce qui rend son diagnostic précoce compliqué. Lorsque les signes apparaissent, la maladie est parfois déjà à un stade avancé. C'est pourquoi le dépistage est si important chez les personnes à risque (notamment celles ayant une cirrhose).
Les symptômes qui peuvent alerter sont les suivants :
- Une fatigue intense et persistante, qui ne s'améliore pas avec le repos.
- Une perte de poids inexpliquée et une perte d'appétit.
- Des douleurs ou une sensation de masse dans la partie supérieure droite de l'abdomen, pouvant irradier vers l'épaule droite.
- Des nausées ou des vomissements.
- Un gonflement de l'abdomen dû à l'accumulation de liquide (ce qu'on appelle l'ascite).
- L'apparition d'un ictère (ou jaunisse) : le blanc des yeux et la peau prennent une teinte jaunâtre.
- Des démangeaisons généralisées (prurit).
- Des urines plus foncées et des selles décolorées, de couleur mastic.
Ces symptômes ne sont pas spécifiques au cancer du foie et peuvent être liés à d'autres pathologies. Cependant, leur apparition, surtout chez une personne avec une maladie du foie connue, doit amener à consulter un médecin sans tarder.
Comment le diagnostic est-il posé ?
Si un cancer du foie est suspecté, votre médecin vous prescrira une série d'examens pour confirmer ou infirmer le diagnostic, et pour évaluer l'étendue de la maladie.
Les étapes du diagnostic
- L'examen clinique et l'interrogatoire : Le médecin vous posera des questions sur vos symptômes, vos antécédents médicaux et vos facteurs de risque. Il réalisera un examen physique, notamment en palpant votre abdomen pour rechercher une augmentation de la taille du foie ou une masse.
- La prise de sang : Un bilan sanguin complet permet d'évaluer le fonctionnement de votre foie (dosage des transaminases, de la bilirubine, etc.) et de rechercher des marqueurs spécifiques. Le dosage de l'alpha-fœtoprotéine (AFP), un marqueur tumoral, peut être utile. Un taux élevé peut suggérer un cancer du foie, mais un taux normal ne l'exclut pas. Des tests pour les hépatites B et C seront également réalisés.
- Les examens d'imagerie : Ils sont essentiels pour visualiser le foie et détecter d'éventuelles tumeurs.
- L'échographie abdominale : C'est souvent le premier examen réalisé. Il permet de repérer des nodules (des petites masses) anormaux dans le foie.
- Le scanner (TDM) ou l'IRM : Ces examens plus précis permettent de caractériser les nodules. L'injection d'un produit de contraste permet de voir comment le nodule se vascularise, ce qui est souvent très caractéristique d'un cancer du foie et peut parfois suffire au diagnostic, sans avoir besoin d'une biopsie.
- La biopsie hépatique : Elle consiste à prélever un petit échantillon de tissu de la tumeur à l'aide d'une fine aiguille, sous anesthésie locale et guidage par échographie ou scanner. L'échantillon est ensuite analysé au microscope pour confirmer la présence de cellules cancéreuses. Aujourd'hui, grâce à la performance de l'imagerie, la biopsie n'est plus systématique, notamment chez les patients avec une cirrhose avérée et une image radiologique typique.
Quelles sont les options de traitement ?
La prise en charge du cancer du foie est complexe et doit être discutée lors d'une Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP), qui rassemble des médecins de différentes spécialités (hépatologue, chirurgien, oncologue, radiologue...). Le choix du traitement dépend de plusieurs facteurs : la taille et le nombre de tumeurs, leur localisation, l'état de santé général du patient et surtout, l'état de fonctionnement du foie.
Les traitements à visée curative
Ces traitements ont pour objectif d'éliminer complètement le cancer. Ils ne sont possibles que pour les tumeurs détectées à un stade précoce.
- La résection chirurgicale : Elle consiste à enlever la partie du foie où se trouve la tumeur. Cette option n'est envisageable que si la tumeur est unique, de taille limitée, et que le foie restant est suffisamment sain pour assurer ses fonctions.
- La transplantation hépatique : La greffe de foie consiste à remplacer la totalité du foie malade par un foie sain provenant d'un donneur. C'est le traitement idéal pour les petites tumeurs survenant sur un foie très abîmé par la cirrhose, car elle traite à la fois le cancer et la maladie sous-jacente.
- La destruction percutanée (ablation) : Pour les petites tumeurs inaccessibles à la chirurgie, il est possible de les détruire localement. La technique la plus courante est la radiofréquence, qui utilise une aiguille pour chauffer et détruire les cellules cancéreuses. D'autres méthodes comme l'ablation par micro-ondes existent aussi.
Les traitements pour contrôler la maladie
Lorsque la maladie est plus avancée, l'objectif est de ralentir sa progression, d'améliorer la qualité de vie et de prolonger la survie.
- La chimio-embolisation transartérielle (CETA) : Cette technique consiste à injecter des médicaments de chimiothérapie directement dans l'artère qui nourrit la tumeur, puis à boucher cette artère pour priver la tumeur de sang et d'oxygène.
- Les thérapies systémiques : Il s'agit de médicaments qui agissent dans tout le corps. Contrairement à de nombreux cancers, la chimiothérapie traditionnelle est peu efficace. On utilise plutôt :
- Les thérapies ciblées : Des médicaments qui bloquent des mécanismes spécifiques de croissance des cellules cancéreuses.
- L'immunothérapie : Des traitements qui aident le propre système immunitaire du patient à reconnaître et à détruire les cellules cancéreuses.
- La radiothérapie stéréotaxique : Une technique de radiothérapie de haute précision qui permet de délivrer de fortes doses de rayons sur la tumeur en épargnant au maximum les tissus sains autour.
Pour l'hépatoblastome chez l'enfant, la stratégie est différente et repose généralement sur une chimiothérapie pour réduire la taille de la tumeur, suivie d'une chirurgie pour la retirer. Les taux de guérison sont heureusement bien plus élevés que pour le cancer du foie de l'adulte.
Prévention et recommandations
La meilleure façon de lutter contre le cancer du foie est de l'empêcher d'apparaître. La prévention est donc primordiale et passe par l'action sur ses facteurs de risque.
- Vaccination contre l'hépatite B : C'est une mesure de prévention extrêmement efficace. Le vaccin est sûr et recommandé pour tous les nourrissons en France.
- Dépistage et traitement des hépatites : Se faire dépister pour les hépatites B et C est crucial. Il existe aujourd'hui des traitements très efficaces qui permettent de guérir de l'hépatite C et de contrôler l'hépatite B, réduisant ainsi considérablement le risque de cirrhose et de cancer.
- Modération de la consommation d'alcool : Limiter sa consommation d'alcool est essentiel pour protéger son foie.
- Adopter un mode de vie sain : Maintenir un poids de forme, avoir une alimentation équilibrée et une activité physique régulière permet de prévenir le surpoids, le diabète et la maladie du "foie gras" (NASH).
- Surveillance des personnes à risque : Les personnes atteintes de cirrhose doivent bénéficier d'un suivi régulier, avec une échographie du foie tous les 6 mois, pour dépister un éventuel cancer à un stade précoce où les traitements curatifs sont possibles.
La prise en charge du cancer du foie en France s'appuie sur les directives de la Haute Autorité de Santé (HAS). Comme le précise la HAS dans ses recommandations pour les professionnels, une approche multidisciplinaire est indispensable pour offrir à chaque patient la meilleure stratégie thérapeutique, en se basant sur les données scientifiques les plus récentes.
Quand consulter ?
Il est important de savoir quand réagir. Si vous présentez un ou plusieurs des symptômes décrits plus haut de manière persistante, il est recommandé de prendre rendez-vous avec votre médecin traitant. N'hésitez pas à utiliser un service de téléconsultation comme Biloba pour un premier avis médical.
Attention : Cet article a un but informatif et ne se substitue en aucun cas à une consultation médicale. Seul un professionnel de santé peut poser un diagnostic.
En cas de symptômes graves et d'apparition brutale, comme une douleur abdominale intense, une confusion, des vomissements de sang, un essoufflement marqué ou une jaunisse associée à une forte fièvre, il s'agit d'une urgence vitale. Contactez immédiatement le SAMU en composant le 15 ou le 112.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Le cancer du foie est-il héréditaire ?
Dans la grande majorité des cas, le cancer du foie n'est pas directement héréditaire. Cependant, certaines maladies génétiques rares qui augmentent le risque de cirrhose (et donc de cancer), comme l'hémochromatose, peuvent être transmises au sein d'une famille. Le risque principal vient des comportements (alcool) ou des infections (hépatites), et non de la génétique directe.
Peut-on vivre sans foie ?
Non, le foie est un organe vital, indispensable à la survie. Il assure des centaines de fonctions métaboliques et de détoxification. C'est pourquoi, lorsque le foie est entièrement atteint par une maladie grave comme un cancer étendu ou une cirrhose terminale, la seule solution pour survivre est la transplantation hépatique, qui consiste à le remplacer par un greffon sain.
Le cancer du foie chez l'enfant est-il fréquent ?
Non, le cancer du foie est très rare chez l'enfant. La forme la plus commune est l'hépatoblastome, qui touche principalement les enfants de moins de 3 ans. Bien que ce soit une maladie grave, ses causes, son traitement (souvent chimiothérapie puis chirurgie) et son pronostic sont très différents et généralement bien meilleurs que ceux du cancer du foie de l'adulte.
Un "foie gras" (stéatose) peut-il devenir un cancer ?
Une simple surcharge en graisse dans le foie (stéatose simple) est généralement bénigne. Le risque apparaît lorsque cette graisse provoque une inflammation chronique, ce qu'on appelle la stéatohépatite non alcoolique (NASH). Avec le temps, cette inflammation peut détruire les cellules du foie et entraîner une fibrose, puis une cirrhose. C'est à ce stade de cirrhose que le risque de développer un cancer du foie devient significatif.
La chimiothérapie est-elle toujours utilisée pour le cancer du foie ?
Non, la chimiothérapie systémique traditionnelle (celle qui est injectée dans les veines et circule dans tout le corps) est peu efficace contre le carcinome hépatocellulaire et provoque des effets secondaires importants. Elle est donc rarement utilisée en première intention. Les médecins privilégient aujourd'hui des traitements plus modernes et mieux tolérés comme les thérapies ciblées, l'immunothérapie, ou des techniques locales comme la chimio-embolisation qui délivre le produit directement dans la tumeur.

