Éclampsie

Publié le 
May 26, 2026
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  1. L'éclampsie est la complication la plus grave de la pré-éclampsie, caractérisée par des convulsions pendant la grossesse ou après l'accouchement.
  2. Elle est toujours précédée de signes d'alerte : maux de tête sévères, troubles visuels, douleur abdominale haute, œdèmes soudains.
  3. La prise en charge est une urgence médicale absolue nécessitant une hospitalisation immédiate pour contrôler les convulsions (sulfate de magnésium) et l'hypertension.
  4. Le seul traitement définitif de l'éclampsie est l'accouchement, qui permet de retirer le placenta, source du problème.
  5. Un suivi de grossesse rigoureux (tension, analyse d'urine) est la meilleure prévention pour dépister la pré-éclampsie avant qu'elle ne dégénère.

Qu'est-ce que l'éclampsie ?

L'éclampsie est une complication rare, mais extrêmement grave, de la grossesse. Elle représente le stade le plus sévère de ce que l'on appelle la pré-éclampsie. Concrètement, l'éclampsie se définit par la survenue de crises convulsives (similaires à des crises d'épilepsie) chez une femme enceinte présentant les signes d'une pré-éclampsie. Il ne s'agit pas d'une maladie neurologique préexistante, mais bien d'une complication directement liée à la grossesse.

Pour bien comprendre l'éclampsie, il faut d'abord comprendre sa condition préalable : la pré-éclampsie. La pré-éclampsie, parfois appelée toxémie gravidique, est une pathologie qui survient généralement après 20 semaines de grossesse. Elle se caractérise par l'association d'une hypertension artérielle (une tension supérieure à 140/90 mmHg) et la présence de protéines dans les urines (protéinurie). Ces deux signes indiquent un dysfonctionnement des vaisseaux sanguins et des reins, souvent causé par un problème au niveau du placenta.

Lorsque la pré-éclampsie n'est pas détectée ou maîtrisée, elle peut s'aggraver et affecter d'autres organes, notamment le cerveau. C'est à ce moment que le risque d'éclampsie apparaît. La crise d'éclampsie est une urgence médicale absolue, car elle met en danger la vie de la mère et celle du fœtus.

Quelles sont les causes et les facteurs de risque ?

La cause exacte de la pré-éclampsie et de l'éclampsie reste encore mal comprise par la communauté scientifique. Cependant, la recherche s'accorde sur le rôle central du placenta. On pense qu'un développement anormal du placenta au début de la grossesse entraîne la libération de substances dans la circulation sanguine de la mère. Ces substances endommagent la paroi des vaisseaux sanguins, provoquant une augmentation de la pression artérielle et une fuite de protéines par les reins. Lorsque cet effet atteint les vaisseaux du cerveau, il peut provoquer un œdème cérébral et déclencher les convulsions caractéristiques de l'éclampsie.

Bien que toutes les femmes enceintes puissent potentiellement développer une pré-éclampsie, certains facteurs de risque augmentent cette probabilité. Il est crucial de les connaître pour assurer une surveillance adaptée :

  • Première grossesse : Les femmes qui attendent leur premier enfant ont un risque plus élevé.
  • Antécédents personnels ou familiaux : Avoir déjà eu une pré-éclampsie lors d'une précédente grossesse, ou si votre mère ou votre sœur en a eu une, augmente votre risque.
  • Grossesses multiples : Attendre des jumeaux, des triplés ou plus sollicite davantage le système cardiovasculaire et le placenta.
  • Âge : Les grossesses chez les femmes de plus de 40 ans ou de moins de 18 ans sont plus à risque.
  • Pathologies préexistantes : Certaines conditions médicales avant la grossesse sont des facteurs de risque majeurs :
    • Hypertension artérielle chronique
    • Diabète (type 1 ou 2)
    • Maladies rénales
    • Maladies auto-immunes, comme le lupus ou le syndrome des antiphospholipides.
  • Indice de Masse Corporelle (IMC) : Un IMC supérieur à 30 (obésité) avant la grossesse est un facteur de risque bien établi.
  • Procréation Médicalement Assistée (PMA), notamment avec don d'ovocytes.

Il est important de noter que la présence d'un ou plusieurs de ces facteurs ne signifie pas que vous développerez systématiquement une pré-éclampsie ou une éclampsie, mais cela justifie une surveillance prénatale plus attentive.

Quels sont les symptômes qui doivent alerter ?

L'éclampsie est presque toujours précédée par les signes d'une pré-éclampsie qui s'aggrave. Reconnaître ces signaux d'alarme est fondamental pour pouvoir intervenir avant la survenue des convulsions. Si vous êtes enceinte et que vous ressentez un ou plusieurs des symptômes suivants, vous devez contacter votre médecin, votre sage-femme ou le service d'urgences maternité sans délai :

  • Maux de tête (céphalées) intenses et persistants : Il ne s'agit pas d'un simple mal de tête. Ils sont souvent décrits comme pulsatiles, localisés au niveau du front ou de la nuque, et ne cèdent pas avec la prise d'antalgiques habituels comme le paracétamol.
  • Troubles visuels : C'est un signe de gravité majeur. Vous pouvez voir des points lumineux, des "mouches volantes", des éclairs, avoir une vision floue ou double, ou encore une sensibilité accrue à la lumière.
  • Douleur en barre épigastrique : Une douleur intense et persistante localisée en haut de l'abdomen, sous les côtes, du côté droit. Elle peut irradier dans le dos et ressemble à une crampe sévère. Cette douleur est le signe d'une atteinte du foie.
  • Nausées et vomissements soudains : Surtout s'ils apparaissent dans la seconde moitié de la grossesse et ne sont pas liés à une cause évidente (comme une gastro-entérite).
  • Œdèmes importants et soudains : Un gonflement rapide et massif du visage, des mains et des pieds. Si vos bagues deviennent soudainement trop serrées ou si votre visage est bouffi au réveil, cela doit vous alerter.
  • Prise de poids très rapide : Une augmentation de plus d'un kilo en quelques jours peut être le signe d'une rétention d'eau anormale.

La crise d'éclampsie elle-même est spectaculaire et se manifeste par :

  • Des convulsions tonico-cloniques généralisées : Le corps se raidit, suivi de secousses musculaires incontrôlables des quatre membres.
  • Une perte de connaissance.
  • Parfois, une morsure de la langue ou une perte d'urines.

Cette crise est une urgence vitale. Si vous êtes témoin d'une telle scène, votre premier réflexe doit être de protéger la personne de toute blessure et d'appeler immédiatement les secours.

Comment le diagnostic est-il posé et quelle est la prise en charge ?

Le diagnostic

Le diagnostic de l'éclampsie est clinique : il est posé devant la survenue d'une crise convulsive chez une femme enceinte dans un contexte d'hypertension artérielle et de protéinurie. L'équipe médicale cherchera à éliminer d'autres causes de convulsions (épilepsie connue, méningite, AVC...), mais le contexte de la grossesse oriente très fortement le diagnostic.

Pour évaluer la sévérité de la pré-éclampsie sous-jacente et l'impact sur l'organisme, plusieurs examens sont réalisés en urgence :

  • Mesure de la pression artérielle : Elle est systématiquement élevée.
  • Analyse d'urine : Recherche et quantification de la protéinurie.
  • Bilan sanguin complet : Pour vérifier le fonctionnement des organes. On mesure notamment le taux de plaquettes (qui peut chuter dangereusement dans le HELLP syndrome, une complication grave), les enzymes du foie (transaminases) et la fonction rénale (créatinine).
  • Surveillance fœtale : Un monitoring du rythme cardiaque fœtal est mis en place en continu pour évaluer le bien-être du bébé. Une échographie peut aussi être réalisée pour vérifier sa croissance et la quantité de liquide amniotique.

La prise en charge en urgence

La prise en charge de l'éclampsie est une urgence absolue qui nécessite une hospitalisation immédiate, le plus souvent dans une unité de soins intensifs ou une salle de naissance équipée pour la réanimation. Le traitement a trois objectifs principaux et simultanés :

  1. Arrêter la crise et prévenir les récidives : Le médicament de référence est le sulfate de magnésium, administré par voie intraveineuse. Il s'agit d'un anti-convulsivant très efficace qui permet de stabiliser l'état neurologique de la mère.
  2. Contrôler l'hypertension artérielle : Des médicaments antihypertenseurs puissants, compatibles avec la grossesse et administrés par voie intraveineuse (comme la nicardipine ou le labétalol), sont utilisés pour faire baisser la tension et éviter les complications comme l'hémorragie cérébrale.
  3. Organiser la naissance : Le seul traitement curatif de l'éclampsie est l'accouchement, car il permet de retirer le placenta, qui est à l'origine du problème. La décision du moment et du mode d'accouchement (voie basse ou césarienne) dépend de l'âge gestationnel, de l'état de la mère et de celui du fœtus. Si la situation est critique, une césarienne d'urgence est souvent pratiquée, quel que soit le terme de la grossesse.

Évolution, pronostic et prévention

Évolution et complications possibles

L'éclampsie est une pathologie redoutable en raison de ses complications potentielles pour la mère et l'enfant.

Pour la mère, les risques sont l'accident vasculaire cérébral (AVC) hémorragique, l'hématome rétro-placentaire (un décollement du placenta qui provoque une hémorragie massive), l'œdème aigu du poumon, l'insuffisance rénale aiguë ou encore le HELLP syndrome (une forme très sévère de pré-éclampsie associant une destruction des globules rouges, une atteinte du foie et une chute des plaquettes). Heureusement, avec une prise en charge moderne et rapide, la mortalité maternelle a considérablement diminué dans les pays développés, mais le risque de séquelles reste présent. À long terme, les femmes ayant eu une éclampsie ont un risque accru de développer des maladies cardiovasculaires (hypertension, infarctus, AVC) plus tard dans leur vie.

Pour le bébé, les risques sont liés à la fois à la maladie elle-même et à la prématurité souvent induite par la nécessité de l'accouchement. La pré-éclampsie peut entraîner un retard de croissance intra-utérin (RCIU) car le placenta ne fonctionne pas correctement. Pendant la crise d'éclampsie, le fœtus peut manquer d'oxygène (souffrance fœtale aiguë). La prématurité, si la naissance doit avoir lieu très tôt, comporte ses propres risques (détresse respiratoire, immaturité des organes...).

Prévention et recommandations

La prévention de l'éclampsie passe avant tout par le dépistage et la bonne gestion de la pré-éclampsie. Un suivi de grossesse régulier et de qualité est la meilleure des préventions. À chaque consultation prénatale, votre tension artérielle sera mesurée et une analyse d'urine sera effectuée. C'est ce qui permet de détecter les premiers signes.

Pour les patientes identifiées comme étant à haut risque de développer une pré-éclampsie, un traitement préventif par de faibles doses d'aspirine peut être prescrit, généralement à partir de la fin du premier trimestre et jusqu'à environ 36 semaines de grossesse. Cette mesure a prouvé son efficacité pour réduire l'incidence des formes sévères.

La Haute Autorité de Santé (HAS) en France souligne l'importance capitale de l'information des patientes sur les signes d'alerte. Comme le précisent ses recommandations, une patiente bien informée est plus à même de consulter au bon moment, ce qui peut changer radicalement le pronostic. Vous pouvez consulter les documents de référence sur leur site : Recommandations HAS sur l'éclampsie.

Quand consulter en urgence ?

Il est essentiel de retenir les signaux qui imposent une consultation immédiate à la maternité ou un appel aux services d'urgence.

Contactez sans attendre votre maternité si vous présentez l'un des signes suivants :

  • Maux de tête intenses qui ne passent pas.
  • Troubles de la vision (mouches volantes, vision floue...).
  • Douleur en barre en haut du ventre.
  • Gonflement soudain et important du visage ou des mains.

En cas de survenue de convulsions chez une femme enceinte, il s'agit d'une urgence vitale. Les témoins doivent immédiatement appeler le 15 ou le 112.

Cet article a pour but de vous informer, mais il ne remplace en aucun cas un avis médical. Chaque grossesse est unique. Si vous avez des questions ou des inquiétudes concernant votre santé ou celle de votre bébé, n'hésitez pas à en parler à votre médecin ou à consulter un professionnel de santé via notre plateforme Biloba.

Questions fréquentes

L'éclampsie peut-elle survenir après l'accouchement ?

Oui, bien que ce soit plus rare, l'éclampsie peut survenir dans les jours, voire les semaines qui suivent l'accouchement. On parle alors d'éclampsie du post-partum. C'est pourquoi une surveillance de la tension artérielle est maintenue après la naissance, surtout si vous avez eu une pré-éclampsie pendant la grossesse. Les mêmes signes d'alerte (maux de tête, troubles visuels...) doivent vous amener à consulter en urgence.

Avoir eu une éclampsie signifie-t-il que je l'aurai à ma prochaine grossesse ?

Le risque de récidive de pré-éclampsie lors d'une grossesse future est significativement augmenté (environ 15-20%), et le risque d'éclampsie reste également plus élevé que dans la population générale. Cependant, cela n'est pas une fatalité. Une future grossesse sera considérée comme une grossesse à risque et bénéficiera d'une surveillance très rapprochée et d'un traitement préventif par aspirine, ce qui diminue grandement les risques de complications graves.

L'éclampsie est-elle la même chose qu'une crise d'épilepsie ?

La manifestation (la crise convulsive) est très similaire. Cependant, la cause est radicalement différente. Une crise d'épilepsie est due à une hyperactivité électrique anormale dans le cerveau, liée à une pathologie neurologique chronique. La crise d'éclampsie, elle, est une conséquence directe de la pré-éclampsie et de son impact sur les vaisseaux sanguins cérébraux. Elle est donc spécifique à la grossesse et au post-partum et disparaît après la guérison de la maladie.

Quel est le rôle exact du sulfate de magnésium ?

Le sulfate de magnésium est le traitement de choix pour l'éclampsie, mais son rôle est souvent mal compris. Il ne s'agit pas d'un médicament pour faire baisser la tension artérielle. Son action principale est neuroprotectrice : il agit sur le cerveau pour augmenter le seuil convulsif, c'est-à-dire qu'il rend le déclenchement d'une crise de convulsions beaucoup plus difficile. Il est donc utilisé à la fois pour traiter une crise en cours et pour empêcher qu'elle ne se reproduise.

Le bébé est-il en danger pendant une crise d'éclampsie ?

Oui, le bébé est en danger. Pendant les convulsions de la mère, les contractions utérines peuvent s'intensifier et surtout, l'apport en sang et en oxygène via le placenta est fortement diminué. Cela peut entraîner une souffrance fœtale aiguë (un manque d'oxygène), visible sur le monitoring du rythme cardiaque. C'est l'une des raisons pour lesquelles, une fois la mère stabilisée, l'accouchement est souvent décidé rapidement pour mettre le bébé en sécurité.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

L'éclampsie peut-elle survenir après l'accouchement ?

Oui, bien que ce soit plus rare, l'éclampsie peut survenir dans les jours, voire les semaines qui suivent l'accouchement. On parle alors d'éclampsie du post-partum. C'est pourquoi une surveillance de la tension artérielle est maintenue après la naissance, surtout si vous avez eu une pré-éclampsie pendant la grossesse. Les mêmes signes d'alerte (maux de tête, troubles visuels...) doivent vous amener à consulter en urgence.

Avoir eu une éclampsie signifie-t-il que je l'aurai à ma prochaine grossesse ?

Le risque de récidive de pré-éclampsie lors d'une grossesse future est significativement augmenté (environ 15-20%), et le risque d'éclampsie reste également plus élevé que dans la population générale. Cependant, cela n'est pas une fatalité. Une future grossesse sera considérée comme une grossesse à risque et bénéficiera d'une surveillance très rapprochée et d'un traitement préventif par aspirine, ce qui diminue grandement les risques de complications graves.

L'éclampsie est-elle la même chose qu'une crise d'épilepsie ?

La manifestation (la crise convulsive) est très similaire. Cependant, la cause est radicalement différente. Une crise d'épilepsie est due à une hyperactivité électrique anormale dans le cerveau, liée à une pathologie neurologique chronique. La crise d'éclampsie, elle, est une conséquence directe de la pré-éclampsie et de son impact sur les vaisseaux sanguins cérébraux. Elle est donc spécifique à la grossesse et au post-partum et disparaît après la guérison de la maladie.

Quel est le rôle exact du sulfate de magnésium ?

Le sulfate de magnésium est le traitement de choix pour l'éclampsie, mais son rôle est souvent mal compris. Il ne s'agit pas d'un médicament pour faire baisser la tension artérielle. Son action principale est neuroprotectrice : il agit sur le cerveau pour augmenter le seuil convulsif, c'est-à-dire qu'il rend le déclenchement d'une crise de convulsions beaucoup plus difficile. Il est donc utilisé à la fois pour traiter une crise en cours et pour empêcher qu'elle ne se reproduise.

Le bébé est-il en danger pendant une crise d'éclampsie ?

Oui, le bébé est en danger. Pendant les convulsions de la mère, les contractions utérines peuvent s'intensifier et surtout, l'apport en sang et en oxygène via le placenta est fortement diminué. Cela peut entraîner une souffrance fœtale aiguë (un manque d'oxygène), visible sur le monitoring du rythme cardiaque. C'est l'une des raisons pour lesquelles, une fois la mère stabilisée, l'accouchement est souvent décidé rapidement pour mettre le bébé en sécurité.

Dr. Dominique HOLCMAN
Médecin généraliste
Médecin généraliste depuis plus de 30 ans, le Dr. Holcman est partenaire et rédacteur chez Biloba. Engagé dans des actions humanitaires, il met son expertise au service de tous, avec une attention particulière portée à l'écoute, à la prévention et à l'accès aux soins.
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